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EDITIONS LACOUR SUR INTERNET
En 1985, alors qu'il vient de créer sa maison d'édition, Christian Lacour avouait deux objectifs : " traquer les pages insolites et publier le plus grand nombre d'ouvrages ". Pari tenu puisque aujourd'hui l'entreprise Lacour parvient à se placer en bonne position, en terme de production, derrière les " mammouths " de la presse parisienne qui n'écrasent pas que les prix…. C'est le premier éditeur régionaliste. "Et pourtant, sourit Christian Lacour, nous sommes un Lilliputien, familial et artisanal. Cela me conforte dans l'idée que l'on peut être installé en province ". En chiffres, sa maison comprend actuellement une vingtaine de salariés, affiche un tirage de 350 à 400 titres par an et son catalogue atteint 7000 titres… Et c'est, en France, la plus ancienne librairie-papeterie de père en fils, depuis 1791.

 

Histoire d'une dynastie…

Son histoire, à elle seule, ferait sans doute un bon roman populaire. Elle pourrait tout autant servir de cadre à une belle intrigue fantastique évoquant la puissance de l'esprit des ancêtres ou la magie du livre…Marie-Louise Roubaud, une journaliste de la Dépêche du Midi, en a reconstitué fidèlement la trame dans l'un de ses articles : "Le berceau de cette étrange famille qui exerçait au départ un non moins étrange métier, celui du colportage, se situe au pied des Pyrénées, en Haute Garonne, à Ardiège, à deux pas de Saint-Gaudens. Le premier des Ollé à être parti du pays, transportant à dos, dans sa malle d'osier, la matière première de son commerce ambulant, les livres, ne se doutait pas que deux cents ans après son nom figurerait en lettres noires majuscules sur l'une des rues centrales de Nîmes, là où un de ses descendants a un jour posé son fardeau et s'est installé, passant de la vie de nomade à la vie sédentaire, poussé autant par le hasard que par la nécessité : le chemin de fer et le libraire ayant condamné à mort le beau métier du colportage. L'origine des Lacour remonte à 1695, où l'on retrouve l'un d'eux restaurateur à Lavaur puis à Toulouse. Mais un Lacour s'étant marié à la fille d'un colporteur d'Ariège, le métier du livre entre dans la famille et ne l'a plus quittée. Plus qu'un métier, c'est une vocation qui s'incarne aujourd'hui dans un homme jeune, l'impétueux Christian Lacour qui a parachevé l'œuvre familiale en devenant éditeur. La boucle est bouclée. Les Lacour-Ollé sont à la fois des artisans et des aventuriers. Le sang des ancêtres colporteurs pour lesquels Christian Lacour éprouve une authentique vénération continue de couler dans ses veines. [...]D'avoir grandi dans le papier, à deux pas de la statue d'Auguste, dans une ville assez naturellement portée à la fièvre, ne pouvait qu'alimenter une ambition qui couvait sous la cendre chez ce garçon entreprenant. Les Lacour-Ollé sont libraires- papetiers à Nîmes depuis 1863…En 1984, Christian Lacour revient à la tradition du libraire-éditeur avec un livre à paraître. En 1985, il en édite six, en 1986, douze. La machine est lancée, et bien lancée… "

 

cliquez pour agrandir la photoLa méthode Lacour

Tout est dit ici et éclaire avec beaucoup de justesse tant la personnalité de l'éditeur que l'esprit de cette maison d'édition. Christian Lacour est en effet un éditeur indépendant, dans tous les sens du terme, et totalement atypique dans la profession, car il entend publier et faire vivre le livre à sa manière, tant est fort en lui le souvenir de la tradition familiale. "On est en autarcie totale, on fabrique les livres avec notre propre imprimerie qui n'a que cette activité et on diffuse nous-mêmes. Cette dernière activité me prend la moitié de mon temps… ". C'est ainsi qu'il assure lui-même, avec deux autres " colporteurs ", la diffusion de ses livres en sillonnant une partie de la France (au sud d'une ligne Bordeaux- Nice, en Lorraine et en Corse, il commercialise entre 150 000 à 200 000 livres par an à travers un réseau original de distribution, librairies, dépôts de presse, petits commerces ).Et que jamais, de toute sa carrière, il n'a mis de livres au pilon, préférant les écouler à petits prix dans sa bouquinerie de Nîmes. Le pilon…La pire des mises à mort, la pire des infamies à infliger à un livre que l'on prive ainsi de son âme. Combien d'éditeurs ont-ils aujourd'hui cette éthique ? Evidemment, une telle singularité ne laisse personne indifférent, d'autant que Christian Lacour assume ses choix et ses différences, sans complexe et même avec une certaine bravoure, ce qui, dans le métier, ne lui a pas toujours attiré que des sympathies…. Pour autant, cet homme aurait-il manqué son rendez-vous avec le grand siècle du numérique ? (ce qui aurait pour conséquence, fatalement, de laisser au bord du chemin un lectorat potentiel et non négligeable) Qu'on se rassure ! La Maison sait aussi allier tradition et modernisme et se transforme en douceur : l'imprimerie vient de se doter de la meilleure technologie et surtout, la Maison diffuse aussi par le biais de son site, ce qui permet aux internautes et autres lecteurs agoraphobes de visiter virtuellement le fonds Lacour et d'y faire leurs achats en ligne.

Une ligne éditoriale aux paris parfois audacieux…

Christian Lacour a une passion que l'on sent viscérale, " traquer un livre " selon son expression, c'est à dire découvrir de très vieux livres en voie d'extinction (et donc tombés dans le domaine public) afin de leur redonner une seconde vie sous forme de fac-similés.

Sa réalisation la plus prestigieuse est, à cet égard, la réédition du Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle de Pierre Larousse qui lui a valu autant de critiques que de louanges. Le présentateur du journal d'Antenne 2 n' affirmait-il pas à l'antenne, ce 20 mai 1990, lors du journal télévisé : " Il faut une certaine dose d'inconscience ou de folie ( il parle même plus tard de mégalomanie !) pour se lancer dans une aventure comme celle que vient de vivre un éditeur nîmois qui a décidé, tout simplement, de rééditer la première édition du Larousse de 1886… ". Interrogé, Christian Lacour précisait alors que ce fabuleux trésor, devenu quasiment introuvable et disparaissant de la mémoire collective, il devenait urgent de le réimprimer. Cette question fut alors posée à Monsieur Jacques Demongin, Directeur Littéraire de la Maison Larousse :

" N'avez-vous pas peur, comme c'est un éditeur régional nîmois qui s'accapare ce grand dictionnaire, de perdre votre patrimoine, vos bases de naissance ?"

Monsieur Jacques Demongin répondit à la question du journaliste d'Antenne 2 en ces termes :

" Pas du tout, je trouve au contraire que cela reprend l'idéal de Pierre Larousse qui considérait que le savoir était à tout le monde et que lorsqu'un éditeur s'attaque à une tâche de cette taille, eh bien, il entre un peu dans la grande famille Larousse. "

Et de conclure en forme de souhait, on ne peut plus fair-play: " Il reste un an à Monsieur Christian Lacour pour finir ce monument (370 000 entrées, 500 millions de signes, 24 volumes rassemblant près de 20 000 pages) que, comme ses ancêtres colporteurs, il vendra sur les routes du Gard, et …de la planète ! " (Il existe en effet une demande significative de la part des universitaires étrangers, notamment de la part des Américains et des Japonais qui utilisent l'ouvrage comme manuel de civilisation française.)

Il faut aimer viscéralement les livres et avoir le respect inné de la chose écrite, en bref, avoir le feu sacré - et la réponse de Monsieur Demongin est à cet égard admirable- pour comprendre d'emblée que ce qui anime Christian Lacour va bien au-delà d'une démarche purement commerciale. Aussi cette anecdote télévisuelle est-elle tout simplement révélatrice de l'incompréhension qu'a pu susciter, dans certains milieux, les choix éditoriaux et la " méthode " Lacour.

Un autre pan important des Editions Lacour concerne bien sûr les livres régionalistes (il existe plus de 500 titres sur les Pyrénées), des romans, des recueils de poèmes, des textes ésotériques, autant dire, ce que l'on trouve dans toute maison d'édition régionale…et même davantage. La Maison reçoit quelque 1500 manuscrits par an, et les auteurs sont reçus par l'Editeur au siège des Editions, au 25 boulevard Amiral Courbet, à Nîmes. Contrairement à bien des maisons qui profitent de la demande éditoriale pressante pour " vendre " sans scrupules à leurs auteurs un projet d'édition qui se révèle à l'usage une édition à compte d'auteur, Christian Lacour offre à ses auteurs un vrai contrat d'éditeur (un contrat d'éditeur est un contrat dans lequel l'éditeur prend entièrement à sa charge le risque éditorial), le tirage restant généralement et logiquement modeste (de 200 à 1000 exemplaires), quitte à rééditer l'ouvrage si le besoin se présente..

Dans la Cour de l'Imaginaire….

Christian Lacour aime aussi, et cela ne nous a pas échappé, " traquer les pages insolites "…. Il était donc normal que nos chemins se croisent et que de cette rencontre fertile, basée sur le respect, l'estime et la confiance mutuelle, naisse aujourd'hui La Cour de L'Imaginaire, dont la raison première sera " de traquer ", à travers la France et le monde francophone, et cela grâce à la fée électronique, la parole et l'esprit de l'un de ces conteurs merveilleux dont le texte deviendra immortel ,car la flamme qui anime la lignée des Lacour, nous en sommes désormais convaincus, est de celles qui jamais ne s'éteignent…

Nous laisserons à Marie-Louise Roubaud la conclusion de ce portrait à peine ébauché :

" Dans le bureau de Christian Lacour, tout est symbole : l'aigle naturalisé, prêt à l'envol, les photos des ancêtres. Ce ne sont pas eux, leurs âmes mortes, qui veillent ce jeune descendant plein de furia. C'est lui qui les porte au devant de la scène, par l'écrit. Qui reste…. "